L’éducation bilingue

Notre philosophie d’éducation: L’enfant sourd est d’abord un enfant.

Il grandit sourd dans un monde entendant.

Son identité se forge dès son plus jeune âge dans des interactions riches avec des personnes sourdes et entendantes. Ces relations lui permettront d’acquérir sa langue – la langue des signes -, de structurer sa personnalité et de développer ses compétences.

Se sachant reconnu comme partenaire d’une communication, comme sujet parlant et pensant, il développe alors envers le monde une curiosité, une appétence qui seront les gages de sa réussite scolaire et de son insertion sociale.

Il peut alors se construire comme sujet à part entière, comme acteur de son devenir, comme citoyen.

L’enfant sourd va à l’école de tous

L’école permet la confrontation des enfants entre eux avec leurs différences. C’est un terrain d’apprentissage de la vie sociale, des droits et des devoirs, des stratégies à mettre en oeuvre pour son épanouissement au sein d’un collectif varié; c’est le lieu de partage des moeurs, des rythmes culturels, des modes de comportement. C’est, après la famille, le premier lieu de réalisation de tous les enfants.

Mais c’est aussi un apprentissage permanent, la construction d’un savoir. C’est aussi apprendre à apprendre, apprendre que l’on ne sait pas tout, que l’on peut questionner.

Bien sûr aller à l’école et apprendre avec sa langue : avoir des maîtres qui enseignent dans sa langue, des camarades de classe de même langue…

C’est déjà une identification, une prise de conscience de la donnée communautaire une perspective d’être membre de cette communauté… et en même temps un contexte de participation à la vie publique… à la citoyenneté.

Nous préférons parler « de confrontation » plutôt que d’intégration: Il n’est pas « intégré » au sens d’une assimilation visant à nier sa différence et à lui faire épouser les valeurs exclusives des autres (du plus grand nombre) : il développe, sourd, ses propres compétences, ses perspectives, ses aspirations, ses ambitions…

L’éducation bilingue concerne l’enfant sourd en premier mais elle concerne aussi toute sa famille et son environnement. L’association veille ainsi à mettre  en oeuvre des actions et des animations pour permettre aux parents mais aussi aux frères et soeurs, aux grands-parents d’acquérir la langue des signes, elle provoque des occasions conviviales de rencontres entre familles sourdes et entendantes…. L’éducation bilingue ne peut pas se limiter à la simple scolarisation … Elle prend l’enfant sourd dans sa globalité comme un petit enfant en construction au sein de sa famille, de l’école, mais aussi des structures de loisirs, de culture ou de sport….

L’association  tente de faire vivre au quotidien le bilinguisme et veille à ce que chacun, sourd ou entendant, parent ou professionnel, enfant ou adulte trouve au sein de l’association un espace de communication bilingue, permettant à chacun de s’exprimer… Selon le niveau des participants, les réunions sont ainsi soit en langue des signes, soit interprétées…

L’éducation bilingue à travers l’histoire :

Poser l’éducation des sourds en terme de bilinguisme, c’était au début des années 80, un acte militant.
En effet, le statut de langue de la langue des signes était loin de faire l’unanimité, surtout en France où l’interdiction des langues régionales et minoritaires est restée très forte depuis la fin du XIX° siècle.

Bilinguisme donc puisqu’il y a 2 langues: la langue des signes qui est la langue des sourds, et le français puisqu’ils sont français.

A noter que l’usage du français écrit est un impératif et ce, à 2 titres:

  • c’est l’outil d’accès à la scolarité et à la culture
  • la langue des signes n’ayant pas d’écrit, il vient compléter parfaitement l’équipement linguistique nécessaire pour être autonome.

C’est en 1985, en France, qu’un texte rédigé par des spécialistes des Ministères de la Santé et de l’Education Nationale, reconnaîtra la validité de notre proposition:

« La nécessité d’une communication visuo-gestuelle s’impose dans toute sa force, car elle seule est capable de restaurer dans leur authenticité et dans leur chronologie, les étapes du développement linguistique. L’usage de la LSF se trouve donc fondé dans un impératif de priorité. Pour avoir oublié cela, on se focalise sur la déficience, organique, objective, qui relève de la médecine, de la prothèse et de la rééducation et on accroit du coup le handicap, phénomène social, fonction du degré de rejet que présente la société à l’encontre d’une différence. La LSF est une expression du pouvoir inventif de l’homme. Le besoin de communiquer provoque la création de l’outil: ne pouvant âtre acoustique, il devient visuel. Lutter contre la nature revient à mutiler l’enfant et à ajouter au malheur innocent. »

Rapport Bouillon/Delhom/Fournier/Kettler,
Ministères de l’Education Nationale et des Affaires Sociales, décembre 1985

En 1991, la loi reconnaissait enfin, notre choix d’éducation pour les jeunes sourds :

« Dans l’éducation des jeunes sourds, la liberté de choix entre une communication bilingue -langue des signes et français- et une communication orale est de droit. »

Article 33 de la Loi n°91.73 du 18 janvier 1 991

Le Service d’Education Bilingue de Poitiers fonctionnait depuis 7 ans!

La loi de 2005 dite « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » a repris le texte 91 :
Art. L. 112‑2‑2. – Dans l’éducation et le parcours scolaire des jeunes sourds, la liberté de choix entre une communication bilingue, langue des signes et langue française, et une communication en langue française est de droit. Un décret en Conseil d’Etat fixe, d’une part, les conditions d’exercice de ce choix pour les jeunes sourds et leurs familles, d’autre part, les dispositions à prendre par les établissements et services où est assurée l’éducation des jeunes sourds pour garantir l’application de ce choix. »

Mais le législateur a refusé de faire entrer dans la loi de 2005 le principe de la reconnaissance de la langue des signes comme langue d’enseignement. Dommage!

En 2006, le ministère de l’Education Nationale a créé une commission d’experts pour travailler à l’introduction de la langue des signes dans la scolarité en tant que langue enseignée et langue d’enseignement.
Une avancée décisive qui a permis l’écriture des programmes d’enseignement de la langue des signes à l’école maternelle,  à l’école élémentaire puis au collège et au lycée.
Dans la foulée ont paru les textes sur la création des pôles en langue des signes, permettant « un ensemble articulé d’établissements scolaires du premier et du second degrés dans un secteur géographique limité, incluant nécessairement un lycée professionnel, et au sein desquels des dispositions sont prises afin que les élèves sourds dont les parents ont fait le choix du mode de communication bilingue puissent réellement voir mis en œuvre ce choix ».

Autant d’avancées notables pour une effective reconnaissance de l’éducation bilingue… avant que le ministère de l’Education nationale ne devienne plus frileux en restreignant les pôles de langue des signes avec la création des PASS…(Pôles Pour l’Accompagnement de la Scolarité des  jeunes Sourds).

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